LA DYNASTIE DES JULIO-CLAUDIENS (-27 à 68) :

 

CAIUS JULIUS CAESAR OCTAVIANUS AUGUSTUS dit AUGUSTE (né en -63, mort en 14). Premier Empereur romain en -27. Petit-neveu de CAIUS JULIUS CAESAR qui l'adoptera en -45. Très tôt ce dernier s'intéresse à l'enfant, veille à son éducation et l'introduit dans la vie romaine. Après l'assassinat de CAESAR en -44, AUGUSTE bénéficie de son nom CAIUS JULIUS CAESAR pour lever une petite armée de vétérans. Animé à l'origine d'un sentiment de vengeance le jeune homme s'adapte rapidement aux circonstances et dévoile une habileté et une volonté extraordinaires. Il conquiert le pouvoir, le conserve et sur une conception élevée et austère des fonctions et du rôle de l'État romain, il établit un régime qui durera V siècles. Ce créateur d'un régime politique original réforme la société romaine, ébauche un ordre sénatorial, contrôle les élections traditionnelles, réorganise l'ordre équestre qui devient comme l'ordre sénatorial une pépinière de hauts fonctionnaires, transforme l'armée en une force permanente où se distinguent nettement les légions et unités auxiliaires, répartit les troupes dans les provinces, met en place une nouvelle stratégie, élabore une administration qui touche Rome, l'Italie et les provinces, embellit la ville par des constructions qui symbolisent la grandeur du régime, esquisse un gouvernement central de l'Empire avec des bureaux spécialisés, établit des recensements et des cadastres, précise les domaines fiscaux, restaure et rénove la religion traditionnelle et fonde une religion nouvelle la religion impériale. Ceci se complète par une politique extérieure (expéditions militaires en Arabie, pacification de la péninsule ibérique et du nord des alpes) qui dessine un monde nouveau dont l'essentiel restera en place pour plusieurs siècles. Le fondateur de l'Empire fut pour ses successeurs le modèle inégalable du réalisme et de l'équilibre. Il a une nature exceptionnelle par ses qualités intellectuelles (lucidité, sentiment du possible, adaptation aux circonstances). AUGUSTE souffre, se sacrifie lui même et sacrifie les siens à son oeuvre, au prix d'une existence désespérément solitaire, où il mêle stoïcisme et scepticisme à une tendance à un humour noir. Il se flatte d'avoir rétabli la paix sur terre et sur mer, d'avoir agrandi toutes les provinces du peuple romain situées à la frontière des nations qui n'étaient pas soumises à l'Empire et avait conscience d'avoir bien joué la pièce de sa vie. Il désigne TIBERE comme régent en attendant que GERMANICUS lui succède. AUGUSTE meurt de vieillesse en 14 à l'âge de 77 ans.

 

TIBERIUS CLAUDIUS NERO dit TIBERE (né en -42, mort en 37). Empereur romain en 14. Beau-fils d’AUGUSTE qui l’adoptera en 4. Il est désigné par AUGUSTE, qui ne l'aimait guère, après la mort de ses héritiers directs et occupe déjà le pouvoir depuis 13 où il est co-régent. Il arrive au pouvoir à l'âge de 56 ans. Personne ne semble alors avoir songé rétablir la République, ceux qui l'avaient connue étant pratiquement tous morts. Il lui fallut un mois pour accepter un pouvoir que nul ne lui contestait et recevoir une investiture que personne ne lui refusait. Pointilleux sur la légalité, il estimait que ses pouvoirs devaient lui être conférés par le Sénat, sans l'initiative d'AUGUSTE. Il est orgueilleux et conscient de sa valeur, et est ulcéré de n'être là qu'en attendant que GERMANICUS lui succède. Il n'est pas tellement favorable au nouveau régime trop ouvertement monarchique. TIBERE est un grand militaire et un piètre politicien, pénétré de stoïcisme, bourré de scrupules et de contradictions, il est pessimiste et morose et finira dans la solitude et la misanthropie. Le Sénat et le peuple ne le comprirent guère. Il usait d'un langage ambigu, aimait à se faire prier et opposait aux prières un visage fermé. GERMANICUS meurt en 19 dans des conditions suspectes ce qui cause le procès et le suicide de PISON (rival de GERMANICUS). Sa mort prive l'Empire et TIBERE d'un appui solide et d'un héritier. La seconde partie du règne de TIBERE est dominée par la personnalité et les intrigues meurtrières de SEJAN (préfet du prétoire) qui conçu le projet déraisonnable de parvenir à l'Empire. SEJAN empoisonnera DRUSUS le fils de TIBERE. Mais ANTONIA la mère de GERMANICUS fit connaître à TIBERE le danger immédiat ce qui se soldera par l'arrestation et l'exécution de SEJAN en 31. TIBERE ayant en 27 quitté Rome pour Capri, il y passe ses dernières années sombrant dans une misanthropie profonde, entouré de quelques fidèles, de médecins et d'astrologues. Ces quelques années sont faites de débauche sénile et de terreur sans nom. Le despotisme et l'arbitraire se montraient désormais au grand jour. Cependant l'Empire était gouverné d'une manière toujours ferme, l'armée bien en main, et le trésor public soigneusement géré contenait, à la mort de TIBERE, en réserve plus de 2 milliards de sesterces. TIBERE meurt à Misène de maladie en 37, à l'âge de 79 ans.

 

CAIUS JULIUS CAESAR AUGUSTUS GERMANICUS dit CALIGULA (né en 12, mort en 41). Empereur romain en mars 37. Dernier fils de GERMANICUS il sera porté à l'Empire à l'âge de 25 ans. Il obtient très rapidement le serment des prétoriens ainsi que des soldats et marins de la flotte de Misène, puis l'investiture sénatoriale. Très vite le principat cessait d'être une lente consécration personnelle pour devenir une entité constitutionnelle, une institution monarchique , dont la dévolution dépendait des soldats de Rome et l'investiture formelle du Sénat. Il tombe gravement malade (dépression nerveuse suite à la mort de sa grand-mère ANTONIA qui l'a élevée) en octobre 37. Sa santé était médiocre (crises d'épilepsie) et la maladie déforma ce jeune homme doué, intelligent, instruit, et bon orateur. A peine rétabli commence une période d'extravagances et de cruauté. Il fait assassiner GEMELUS (petit-fils de TIBERE) que les opposants auraient pu prendre comme candidat à l'Empire. Envers les sénateurs CALIGULA se montre tantôt ironique et blessant, tantôt cruel et sadique. Les meilleurs serviteurs de CALIGULA (consulaires ou gouverneurs) sont moqués, asservis, réduits aux plus immondes bassesses, terrorisés, exécutés sommairement ou contraints au suicide. Le trésor de TIBERE est vidé par des gaspillages (jeux, fêtes, constructions inutiles) et pour remplir les caisses CALIGULA condamne les plus riches à Rome ou en Gaule et confisque leurs biens. Cependant il opère peu de changements dans le personnel administratif des provinces qui ne souffrirent guère de ses folies (sauf en Gaule). CALIGULA voulut très consciemment gouverner en monarque oriental , en tyran despotique selon son bon plaisir. Sa politique religieuse est archaïsante et il exalte l'idéologie orientale hellénistique et l'auto-déification. Après s'être aliéné les classes supérieures, CALIGULA eut l'imprudence de lever de nouveaux impôts sur les commerçants et artisans de Rome et de bafouer même des tribuns des cohortes prétoriennes qui étaient le seul appuis qu'il lui restât. Après l'échec sanglant de nombreuses conspirations, il sera assassiné en 41, à l'âge de 29 ans, dans son palais, par le préfet du prétoire CASSIUS CHAEREA (conspiration de prétoriens, de sénateurs et d’affranchis impériaux).

 

TIBERIUS CLAUDIUS DRUSUS NERO GERMANICUS dit CLAUDE (né en -10, mort en 54). Empereur romain en 41. Frère de GERMANICUS, oncle de CALIGULA . A la mort de CALIGULA, il se trouve âgé de 52 ans. Il est au moment de l'assassinat de CALIGULA le seul représentant de la famille d'AUGUSTE puisqu'il avait pour grand-mère OCTAVIE la soeur d'AUGUSTE, et les prétoriens le proclamèrent Empereur sans attendre la décision des conjurés et du Sénat. Certains auraient peut-être voulu restaurer la République mais ils manquaient de conviction et d'appuis matériels. Les cohortes urbaines, d'abord aux cotés du Sénat, se rallièrent aux prétoriens après la promesse d'une donation de 15000 sesterces par têtes. CLAUDE fut alors investi par le Sénat le 25 janvier 41. Il n'avait pas demandé le pouvoir mais l'exerça dans le sens de la fidélité dynastique en faisant exécuter les meurtriers de CALIGULA. L'Empereur CLAUDE n'avait pas d'allure, était agité de tics nerveux, à demi-bègue, goinfre, ivrogne et peureux. Tenu à l'écart depuis toujours et considéré comme un minus inoffensif, ce qui lui avait permis de survivre à tant de meurtres dynastiques, il n'avait pas d'expérience politique ni militaire. C'était un intellectuel qui avait consacré ses loisirs forcés à des études historiques. Sa culture était étendue mais son élocution pénible et la suite de ses idées par toujours évidente. Il y eut sous CLAUDE un véritable esprit réformateur et progressiste. CLAUDE est d'abord l'héritier d'AUGUSTE et comme lui il veut agir en accord avec le Sénat. Il refuse les honneurs excessifs du culte impérial. Il était comme AUGUSTE favorable aux traditions de Rome. Et comme AUGUSTE et TIBERE il était hostile aux religions étrangères, chassa de Rome les juifs, ainsi que les astrologues et proscrivit le druidisme. Mais après les désordres du règne de CALIGULA, il voulut restaurer l'État en développant l'Étatisme et la centralisation. Il s'intéressa aux provinciaux et eut de l'Empire et de la citoyenneté romaine une vision universaliste et généreuse qui était celle de l'avenir. CLAUDE était passionné de justice et aimait à la rendre lui même. La législation est abondante et marquée d'un souci d'humanité notamment envers les esclaves et les affranchis (NARCISSE est un affranchi de l'Empereur CLAUDE qui prit une grande part au gouvernement de l'Empire et fut contraint au suicide à l'avènement de NERON en 54). Envers les provinciaux, il se montra généreux du droit de cité, au point de susciter la critique des sénateurs. CLAUDE eut alors à réprimer des complots et se montra sévère. Il vivait dans la hantise de l'assassinat ce qui le rendait impitoyable. L'archéologie garde le souvenir de ses travaux d'équipements, basiliques, entrepôts, aqueducs et de nombreuses routes refaites ou ouvertes sur un plan rationnel. En fait malgré une certaine faveur obtenue auprès de la plèbe, CLAUDE trouvait ses principaux appuis chez les prétoriens, et dans l'armée. Cet empereur si peu militaire eut par la suite une politique extérieure active et brillante, assura de belles carrières aux chefs de valeur et ne combattit jamais personnellement. La fin de son règne fut assombrie par les intrigues de ses deux dernières épouses. MESSALINE (il eut un fils avec elle, BRITANNICUS) qui le trompa odieusement fut exécutée en 48 car elle complotait contre CLAUDE. Il épouse alors, sur le conseil de son affranchi et favori PALLAS, sa nièce AGRIPPINE LA JEUNE et adopte son fils NERON. Mais AGRIPPINE a une ambition dévorante, le goût du pouvoir et la tête politique. AGRIPPINE s'attacha à supplanter BRITANNICUS afin d'assurer l'Empire à NERON. Mais BRITANNICUS avait des partisans alors AGRIPPINE brusqua les choses et empoisonna CLAUDE en octobre 54, il était âgé de 64 ans.

 

NERO CLAUDIUS CAESAR AUGUSTUS DRUSUS GERMANICUS dit NERON (né en 37, mort en 68). Empereur romain en 54 à l'âge de 17 ans. Arrière-petit-fils d’AUGUSTE. Avant même que la mort de CLAUDE ne fût ébruitée, il se présenta aux prétoriens avec promesse d'une donation de 15000 sesterces par tête et fut acclamé. Le Sénat lui conféra aussitôt tous les pouvoirs. Ses premières années virent sa personnalité lentement se dégager de l'influence de sa mère AGRIPPINE et de ses deux principaux conseillers, son ancien maître SENEQUE et l'excellent préfet du prétoire BURRHUS. Il avait reçu une éducation de prince, très soignée, plus littéraire que philosophique. Il composait des poèmes raffinés, aimait la musique et les arts. Son originalité fut de vouloir se servir de ses dons d'amateur distingué pour briller en public, soit par vanité, soit parce qu'à ses yeux un souverain devait être en tout reconnu le meilleur. D'emblée il présenta au Sénat un programme de gouvernement qui s'opposait en tous points à celui de CLAUDE : respecter les droits du Sénat, ne pas intervenir dans le domaine judiciaire, distinguer ses affranchis de l'État. NERON est marié avec la vertueuse OCTAVIE (fille de CLAUDE et de MESSALINE), mais il court de nuit les rues de Rome et s'amourache d'une affranchie. AGRIPPINE, SENEQUE et BURRHUS laissent passer les premiers débordements de NERON en espérant gouverner en son nom, mais AGRIPPINE et PALLAS commirent l'erreur de parler de BRITANNICUS en termes qui inquiétèrent NERON et aussitôt , en 55, il le fit exécuter. Un équilibre précaire s'établissait entre le régime conservateur de SENEQUE et la personnalité de NERON qui s'affermissait. En 58, NERON fait le projet de supprimer dans l'Empire les impôts indirects et les douanes : le Sénat eut du mal à lui faire comprendre que cela représentait la ruine des finances publiques. Encore en 58, NERON est subjugué par POPPEE, femme de grande famille, ravissante et ambitieuse. Elle le pousse à se débarrasser de ceux qui font obstacle à l'épanouissement de ses qualités. AGRIPPINE exclusive et violente sera assassinée en 59. En 60, le préfet de la ville PEDANIUS SECUNDUS fut assassiné par l'un de ses esclaves et toute sa maisonnée (400 personnes) fut exécutée. L'année 62 fut décisive, elle vit les premiers procès de majesté, la mort, naturelle, de BURRHUS et le renvoi de SENEQUE. PALLAS fut exécuté et OCTAVIE répudiée sous prétexte de stérilité et exécutée peu après. NERON épousa POPPEE et pris pour conseiller le préfet du prétoire TIGELLIN, bon administrateur, mais expert en crimes et en débauches, et très hostile au Sénat. L'administration poursuivait sa tache, les armées avaient de bons généraux, le ravitaillement de Rome était bien assuré depuis que l'Afrique fournissait les deux tiers du blé tributaire. Mais NERON dépensait de plus en plus pour ses spectacles et entreprenait des constructions onéreuses. Le 18 juillet 64 éclate le grand incendie de Rome qui dura 6 jours, fit de nombreuses victimes dans le peuple et détruisit un tiers de la ville. Le bruit courait que NERON en était l'auteur et il prit alors pour boucs émissaires les chrétiens et les déclara coupables. Très vite la reconstruction de Rome fut entreprise et NERON fit adopter les plans d'un nouvel urbanisme de conception moderne, qui devait rendre la capitale plus sure et plus belle. Les dépenses étaient fabuleuses et le trésor ne pouvait suffire. La perception des impôts devint plus rigoureuse, de vastes confiscations sous des prétextes variés accrurent les domaines impériaux, et le denier fut dévalué. Les erreurs et les crimes de NERON, ses extravagances aussi, et surtout le climat de terreur qui s'installait, suscitèrent des complots. Une coalition hétéroclite se forma et aboutit en 65 à la conspiration dite de PISON . Elle fut dénoncée et sauvagement réprimée, alors mourut l'élite politique et intellectuelle de Rome. La peur rendait NERON implacable et les délateurs, souvent des sénateurs, y firent des fortunes scandaleuses. Au début de 68 les provinces occidentales jalouses et exploitées se révoltèrent (révolte de VINDEX, légat de la Lugdunaise) au moment où à Rome le peuple murmurait contre la disette et la mauvaise administration des affranchis. NERON demandât le suicide de plusieurs généraux ce qui indisposa les armées provinciales. En Orient une nouvelle révolte juive faisait rage. Les sénateurs entrèrent en contact avec GALBA qui avait pris le relais de VINDEX battu. Les prétoriens l'acclamèrent et le Sénat déclara NERON ennemi public. Cédant à la panique il s'enfuit pratiquement seul et se suicide le 9 juin 68 à l'âge de 31 ans.

 

 

LA CRISE DE 68-69

LA DYNASTIE DES FLAVIENS (69 à 96)

LA DYNASTIE DES ANTONINS (96 à 192)

LE REGNE DES AFRICAINS ET DES SYRIENS (192 à 235)

LES EMPEREURS SOLDATS (235 à 284)

UN AUTRE ORDRE - LES TETRARCHIES (284 à 361)

VERS LA FIN DU MONDE ROMAIN ?

 

 

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